Monet, « un jardin de tons et de couleurs plus encore que de fleurs »
Monet : Matinée sur la Seine, temps de pluie (National Museum of Western Art, Tokyo).
« Je sens bien que j’y verrai, dans un jardin de tons et de couleurs plus encore que de fleurs, un jardin qui doit être moins l’ancien jardin-fleuriste qu’un jardin-coloriste, si l’on peut dire, des fleurs disposées en un ensemble qui n’est pas tout a fait celui de la nature, puisqu’elles ont été semées de façon que ne fleurissent en même temps que celles dont les nuances s’assortissent, s’harmonisent a l’infini en une étendue bleue ou rosée, et que cette intention de peintre puissamment manifestée a dématérialisées, en quelque sorte, de tout ce qui n’est pas la couleur. Fleurs de la terre, et aussi fleurs de l’eau, ces tendres nymphéas que le maitre a dépeints dans des toiles sublimes dont ce jardin (vraie transposition d’art plus encore que modèle de tableaux, tableau déjà exécute a même la nature qui s’éclaire en dessous du regard d’un grand peintre) est comme une première et vivante esquisse, tout au moins la palette est déjà faite et délicieuse ou les tons harmonieux sont préparés. »
Marcel Proust, Les Eblouissements de Mlle de Noailles. Article du Figaro, 15 juin 1907.



